Interview: François Sers et Gabriel Rigoni. « Avec Lipstick on conclut quelque chose. C’est un court métrage tourné vers l’avenir »

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« Lipstick » est comme le bal de fin d’année. C’est un de ces projets qui clôture une période, un passé. Deux ans de préparation et de travail pour finalement, enfin toucher au but.

Le bal est pour bientôt, pour patienter, le duo, François Sers, le réalisateur et Gabriel Rigoni, le producteur, a accepté de répondre à quelques questions.

Diplômé d’un Bac ES, François Sers est le réalisateur. étudiant en cinéma depuis 3 ans c’est un passionné du 7e art depuis ses 5 ans. Aujourd’hui derrière la caméra il a aussi fait 11 ans de théâtre.

Gabriel Rigoni a 22 ans. Il est en Master production et distribution cinématographique à l’ESRA (École supérieure de réalisation audiovisuelle). Sa première expérience en tant que comédien, il l’a connu lors de ce film.

C’est dans les locaux de RandS production, leur association, en pleine campagne Lautrécoise, qu’a lieu l’interview.

Durant 1h20, ils se relaient pour parler avec passion de leur film, leurs futurs projets et leur vision du cinéma.

Img ITW Lipstick
De gauche à droite François Sers  et Gabriel Rigoni, réalisateur et producteur de Lipstick

 

Le film

L’histoire:

François: « C’est un polar. Un thriller. Sous forme d’investigation policière on me suit, enquêtant sur les meurtres de frères. Et au fur et à mesure de l’avancement on suit la progression émotionnelle des personnages et on s’aperçoit que cette histoire cache de sombres secrets. »

L’idée:

François: « Je me suis levé un matin, dans la salle de cours.. c’est important parce que…la volonté c’était d’écrire un film. J’ai pleins de thèmes qui me touchent, et dont j’ai envie de parler. Et le moyen que je trouve pour en parler c’est de réaliser des films. Le thème, que je ne peux pas te révéler, je l’ai écrit en cours d’économie, tout simplement. J’optimisais mon temps plutôt à l’écriture de scénario qu à l’offre et la demande.

Cette idée elle m’est venue de part la vision que j’ai de notre société. On peut dire de la place de la femme dans la société. Ce n’est pas un film  féministe, je n’aime pas ce mot, je ne suis pas militant mais la place de la femme est importante. »

Le titre ? Je ne sais pas… il vient du fait que je voulais rattacher le film à un élément. Lipstick ça veut dire rouge à lèvres en anglais et comme la place de la femme est importante…bon. Non pas que le rouge à lèvres soit un objet réservé aux femmes, mais c’est un objet que l’on associe plus à une femme qu’un homme. »

L’origine, le casting et les lieux 

François:  « J’expérimente depuis longtemps la vidéo, de mon côté. Je ne le partage pas trop.  Au primaire, avec un groupe d’amis on a créé un collectif, ça a continué au collège. Enfin on a fait toute notre scolarité ensemble. On a tous des passions qui vont dans le même sens, la vidéo, le théâtre, la musique etc. Donc on a créé un collectif que l’on a appelé « Pejouls TV ». L’idée c’était de mettre en application tous les délires que l’on peut avoir quand on est jeune. Et avec la vidéo on a trouvé cette espèce de catharsis. On faisait des vidéos, comique, humoristique et on s’amusait tous ensemble. Et petit à petit je me suis « professionnalisé » , je tends vers ça en tout cas. Et j’ai voulu créer ce film, pour conclure cette période-là.

L’idée, c’était de conserver ce groupe d’amis au sein du projet et de tourner autour des lieux que l’on a connues quand on était petit. Lipstick s’est tourné à 10km à la ronde autour d’ici (Lautrec). Les acteurs, ils sont d’ici, sauf certains que j’ai rencontré au lycée mais la plupart sont d’ici.

C’est vraiment « leur rendre hommage ». Les remercier de m’avoir accompagné à ce niveau-là parce que… c’est-à-dire que le mec à 8h du matin, « tu viens on va tourner ? » « Oui François » donc bon.

C’est un film, fait entre amis et… on peut dire que c’est la fin d’une période. Avec Lipstick on conclut quelque chose. »

Quelques mots sur RandS production.

RandS signifie: Rigoni and Sers.

Gabriel: « C’est une association  qui accueille des créateurs, des personnes qui sont sensible à l’art. Tous arts confondus. Le but c’est de les accueillir et de produire ensemble.

Mais surtout, c’est tout simplement de partager la culture audiovisuelle et du cinéma au grand public, les faire vibrer, leur faire ressentir quelque chose, une émotion, une sensation, ça peut être par des fictions, par des spectacles, des évènements, etc, et le tout en proposant une expérience et ça passe par, la projection, un évènement, une rencontre. »

 

 

Telle la main innocente qui tire au sort, quand on réalise un film il est important d’avoir un regard extérieur. Un deuxième avis pour savoir si ce que l’on veut montrer fonctionne, prend sens dans les yeux des spectateurs.

Pour ce film, cet oeil vient de Gabriel. Pas question de tricher, de toute façon comme il le dit lui-même:

« Dans un film finalement il va voir tout le squelette. Je dis ça parce que si moi je comprends le film, un spectateur « lambda » ou un peu plus initié va aussi comprendre. Donc c’est aussi une sorte de test pour pouvoir dire: La ça marche, tous les éléments que tu as mis en place, la mise en scène, fonctionnent et tu arrives à faire passer l’émotion. »

Échangeant régulièrement et longuement par Skype, François fait part de son idée à Gabriel qui se trouve de l’autre côté du globe, à Lima.

Le premier scénario est approuvé en avril-mai 2015 alors que Gabriel est toujours au Pérou. Co-fondateur de RandS production c’est tout naturellement qu’à son retour, début août, il rejoint l’équipe en tant que producteur. Mais aussi acteur.

Gabriel:  « Un an après (le début du tournage) il m’annonce que je vais avoir un rôle. C’est ma première expérience. Très bonne expérience, qui me donne envie de continuer. »

« En gros ce que j’ai fait, mon rôle s’apparente à une sorte de producteur exécutif, c’est assurer le bon déroulement du tournage et du suivi du film et gérer tout l’aspect « organisation des ressources techniques, humaines et juridique ». Sans rentrer dans les détails, il y a pleins de personnes en interne, à des postes différents, et il faut faire en sorte de fédérer tout le monde, de créer une cohésion et que tout le monde aille dans le même sens. »

François: « Coordonner le tout »

Gabriel: « Et jusqu’à maintenant, il y a aussi toute une partie promotion autour du film, que je gère, avec une amie artiste, Elisabeth Mironenko, avec qui on a créé le dossier de presse. »

En ce qui concerne le futur du film, Gabriel, sans trop se projeter espère pouvoir le proposer à un plus large public.

« Pour la projection à Lautrec nous allons  inviter des médias, presse, radio, télé et des gérants de cinéma et, l’idée, potentiellement, si le film leur plaît, pour mettre en avant la jeunesse, pour mettre en avant les jeunes réalisateurs comme François, c’est échanger avec eux pour voir s’ils sont intéressés pour le projeter. Mais surtout, si le réalisateur est satisfait de son film, ça passera par le présenter à des festivals. Et des projections ponctuelles dans la région c’est un projet que l’on veut mettre en place. »

Tout deux sont conscients du chemin à parcourir et en toute humilité ils considèrent ces années comme un apprentissage.

François: « On fait ça pour apprendre. On ne dit pas, « nous on a fait un film », on joue à ça, on joue à faire du cinéma »

Gabriel: « On apprend, c’est une expérience, c’est sans arrogance. Même s’il faut se donner des rôles, il n’y a pas de prétention, il y a une idée, une ambition. »

François: « Je dirais même, au-delà de ça, on cherche même pas une crédibilité, pas avec ce film-là. »

Gabriel: « De base, c’est se prouver qu’on est capable »

François: « Ce n’est pas le but en soi, oui on veut montrer qu’on est capable. Mais ce n’est pas ce film qui va déterminer nos carrières. Nous on est là. On apprend. On fait notre truc.

Au début il y a ce film entre potes, ensuite il y a cette asso qui arrive, et moi cette volonté de continuer là-dedans (dans la réalisation). Donc c’est une transition vraiment. Les prochains projets seront différents. »

 

Pour terminer, une  question/réponse et dilemme. Le principe est simple, un mot, leur définition.

Ali: Lucas (George Lucas, réalisateur de Star Wars)

François:  « Merci. Merci pour tout ce que tu as offert au cinéma. Ce que tu pourrais encore offrir au cinéma, si tu arrêtais de bouder. »

Gabriel: « Artiste. » 

Ali: Besson (Luc Besson)

François: (hésitation) « On ne va pas dire merci à chaque fois…Besson…Luc Besson, je dirai…j’ai plusieurs mots qui me viennent.  Ce sera positif en tout cas. Je ne suis pas pro du Besson bashing* (désigne le dénigrement en lien avec, pour certain, le déclin de ses productions). J’aime beaucoup ce qu’il fait. Je dirai, Amour. C’est des thèmes qu’il aime. Il est très positif cet homme. Et j’ai une très grande sympathie pour à peu près tous ses films. Tu regardes tous ses films, tu sens que le thème principal c’est l’amour. Le 5e élément c’est ça, Nikita c’est ça aussi, Léon c’est l’amour entre cette petite fille et..le héros. Donc je dirai amour pour Luc Besson. »

Gabriel: « Je dirai, la femme. »

Ali: Film/Série 

François: « Film, film bien sûr ».

Gabriel: « Film aussi. Bien que…bien qu’en série on est fait des trucs hallucinants, je veux dire..à l’heure actuelle quand tu vois Game of thrones. »

François: « On est obligé d’en parler ! J’ai l’impression que l’on ne se rend pas bien compte. Les gens ne comprennent pas…la télé vient d’accéder à…ceux que le cinéma est depuis longtemps. Le cinéma, règne dans ce qui est divertissement, dans ce que l’on peut faire de qualitatif mais là…Game of thrones ça a pris des proportions énormes. Je serai les producteurs de cinéma je commencerai à avoir un petit peu peur. C’est exceptionnel. Sur la narration, sur les effets spéciaux, la démesure..j’ai l’impression de voir un seigneur des anneaux sur HBO. C’est incroyable. »

Ali: Un mot sur Game of thrones ?

Gabriel: « J’ai vu le premier épisode de la saison 1. Mais je n’ai pas d’attrait pour l’heroic fantasy. C’est comme pour le seigneur des anneaux j’ai trouvé ça fabuleux, j’ai trouvé cette création incroyable mais…je n’ai pas la flamme. Cette époque ne me prend pas mais je comprends l’engouement qui est suscité. »

Ali: Blockbuster / Film indépendant

Gabriel: « Je dirai les deux, chacun a une richesse différente…un blockbuster raisonné. Un blockbuster responsable. Un blockbuster, respectable, de lui même et du public. »

François: « Je te donne un exemple, Blade runner (1982). Ridley Scott, la vision qu’il en avait. Tout le monde s’accorde à dire que c’est un blockbuster. Pourtant les thèmes abordés, la façon de l’aborder en film noir, ça lui donne un statut particulier. Quand dans un film, la dimension artistique prends le pas sur l’aspect économique, c’est ce qui fait la différence entre Blade Runner et un Marvel. Un Marvel c’est un système économique qui est ancré, les films sortent en série (à la chaîne), tu te sens obligé, toi spectateur, d’aller voir tous les épisodes. Tu es presque asservi à ça. Et quand tu vas voir le film tu en retiens quoi ? Rien du tout. T’as rien, t’as rien de neuf, tout est fade dedans. Donc..comme il vient de dire, un blockbuster responsable. Responsable c’est un mot très important. Tu as une responsabilité quand tu fais du cinéma. Ne surtout pas prendre le spectateur pour un c** « 

Gabriel: « Je pense que, à l’heure actuelle, vu comment le système est aujourd’hui, il faut savoir dans quoi on s’engage. C’est ce que je disais tout à l’heure. Il y a un contrat. Le mot contrat, quand on va voir un blockbuster, un Marvel par exemple, c’est symbolique. Ça veut dire que tu sais ce que tu vas voir. Dans un des Captain America par exemple, la scène où il retient l’hélicoptère et qu’il y a un zoom sur son biceps, c’est un cliché mais ça fait partie du contrat. Pareil, le baisé, qui n’est pas légitime au vu du scénario, au vu de ce qui se passe mais…il est là. Et tu signes le contrat en achetant ta place et..tu le sais malheureusement aujourd’hui, tu sais ce que tu vas voir.

Après la responsabilité elle est aussi du côté du spectateur. Parce qu’on parle beaucoup du studio. Le studio fait ci, fait ça. C’est très bien, il le fait. Mais il faut aussi que le spectateur soit responsable et assume ses choix. C’est-à-dire que..tu alimentes le système. Tu vas le voir, tu prends ta place, tu alimentes. Donc…critiqué, c’est une chose, mais il faut que le spectateur prenne ses responsabilités. Parfois, il nous arrive d’aller voir du blockbuster. On assume. On veut se divertir, se vider l’esprit et manger de l’action, on y va. Mais de manière générale si le spectateur se responsabilise, il peut remettre en question le système et le faire vouer à évoluer. »

François: « Tu ne peux pas savoir si tu n’as pas vu. C’est le problème. À chaque fois, je me dis tu vois, on dirait, j’ai l’impression qu’ils sont allés un peu plus loin, ça donne envie. Et finalement, tu ressors déçu. Je ne dénigre pas le blockbuster, parce que ça fait partie du cinéma. C’est aussi important qu’un film d’auteur ou un film indépendant. »

Gabriel: « Il offre des trucs autres qu’un film indépendant ou d’auteurs. En terme technique, de moyens, il peut offrir des choses que tu ne verras jamais ailleurs, mais encore une fois, quand il manque du fond, quand tu n’es pas touché émotionnellement, quand on est trop dans de l’artifice..c’est dommage. Mais encore une fois, le blockbuster responsable, offre, par ses moyens une expérience unique, ce qu’un film indépendant ne pourrait jamais offrir. C’est pour cela, que le cinéma d’auteur me plaît aussi pour son approche plus intellectuelle et ses prises de risque et explorations artistiques » 

François: « Et on en voit parfois. »

Ali: Justement, vous avez des exemples de blockbuster responsable ?

François:« Inception, tu sens qu’il y a une vraie patte d’auteur.  » 

Gabriel: « The Dark Knight (2e Batman de Nolan). C’est un démonstration. C’est des moyens mis en place de manière raisonné, cohérente. Toutes les ressources techniques, matérielles sont justifiées. Ça a du sens. On les met là, parce que ça apporte quelque chose et non pas pour contribuer à ce système de surenchère, de toujours faire plus. »

 

Précurseurs.

Après une convention Star Wars en 2015 à l’occasion de la sortie du septième volet de la saga (1ere du nom) c’est la première réalisation à Lautrec, petit village tarnais à 15mn de Castres (environ 1h de Toulouse).

À voir l’engouement et la curiosité autour du projet, la volonté de faire bouger et d’amener de la vie autours du village a bien fonctionné.

 

Remerciements:

François et Gabriel tiennent à remercier les quelque cinquante personnes qui ont aidé de près ou de loin à la réalisation de ce film.

Ainsi que la commune et le maire de Lautrec Thierry Bardou pour leur soutien.

Ils remercient aussi l’ensemble de l’équipe qui les a accompagnés durant deux ans.

Avec une mention spéciale pour Louis Hivonnait, le compositeur et Mathieu Réquis, responsable du son sur le film. 

Quant à moi, je tiens à remercier Gabriel et François qui ont permis cette entrevue et m’ont accordé un peu de leur temps pour parler de leurs projets.

 

Pour approfondir

Retrouvez l’interview audio, ou François et Gabriel nous parlent notamment de l’importance de la musique dans leur film sur: Selponie

L’équipe du film

Lipstick, court-métrage écrit et réalisé par François Sers

Producteur exécutif: Gabriel Rigoni

Musique originale: Louis Hivonnait

Sound design (bruitage, ambiance et mixage): Mathieu Réquis

Superviseur des effets spéciaux: Clément Cariou

Assistant réalisateur: Paul Rigoni

Scripte / maquillage: Tiphaine Siri

Création du dossier de presse: Elisabeth Mironenko (https://www.facebook.com/elisabethmironenko.artist/)

Création de l’affiche: Marie-Léonce Bourges

Casting: Charlotte Mazel, François Sers, Mehdi Thomas, Benoit Beauvois, Perrine Pas, Paul Rigoni, Gabriel Rigoni, Adrien Cancel, Guillaume Marty, Louis Hivonnait, Amélie Mazel
Retrouvez une interview audio et des bonus sur le podcast Selponie
Ali®
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